SILENT GARDENS 2019

Livre à venir

Couverture Silent GARDENS

Proposition de mise en page

HISTOIRES NUES 2018

Livre tiré à 80 exemplaires, dont les 15 premiers comprenent un tirage numéroté sur 15

Tirage épuisé

Livre Histoires nues

 

Planches du livre

 

Album Dec. 2003
"CHOSES CALMEES"

Emboitage du livre
Le livre terminé
Salah StétiéPortrait

Photographies ©Philippe Blache

Textes et poèmes de © Salah Stétié

Atelier & impression Patrick Degouy et Caroline Giffard, Paris.  Héliogravures par HELIO'G

A l’époque où le Liban n’était qu’une province gouvernée par le pacha ottoman de Damas, son père Mahmoud et Raïfé Stétié sont des lettrés, férus de poésie arabe classique et de rhétorique. µSalah Stétié est né à Beyrouth le 28/12/1929 sous le mandat français. Il sera un grand diplomate et un poéte étudié dans tous les pays francophones.
"J’ai publié de la prose, des essais, sur Mallarmé, sur Rimbaud, j’ai collaboré à des albums d’art, j’ai fait des traductions, des entretiens, mais l’essentiel de mon œuvre est poétique....Tout est nu, le soleil, la lune, les étoiles, les plantes, le sable et la mer, et c’est le monde de l’homme qui est costumé. C’est l’homme qui, par besoin de confort et de morale, a créé l’ensemble de ces superstructures qui –langue, code, habitation, habillement – nous retranchent de l’univers initial."

DéTECTION

Par

Salah Stétié

 

Détecter le bonheur secret des choses et des êtres, l'harmonie qui les anime et règle leurs rapports comme celle dont il est parlé dans Les Disciples à Saïs de Novalis, n'est pas sans conséquence. Interroger ainsi, par la nature de leur secret, des photographies dont l'intention visible est le masque d'un faisceau d'intentions invisibles serait donc se livrer à autant de sauts périlleux dont l'enjeu est d'altitude et de profondeur. La flèche de la parole poétique doit toucher juste et fort le cœur de la cible. Car il faut la poésie, c'est-à-dire une parole de mystère, pour débrouiller l'écheveau embrouillé d'un autre mystère. Cet autre mystère est celui de la saisie du monde par un regard. Or, un regard n'est pas seulement regard : il est monde, nécessairement monde, altitude et profondeur, conscient et inconscient mêlés, visible en mal d'invisible, objets communs en perspective de symbole, abstractions souhaitant se poser parmi nos présences modestement ou radieusement concrètes, tensions, désirs, questions, palpitations, déchets,  corps et décor. Et comme le monde  du photographe est  d'apparence et de nature muettes, le penseur, le philosophe, le poète se doit de participer de ce mutisme, de se faire lui-même silence, parfois même lourd silence, pour se mettre au niveau de l'archétypal, ou alors silence allégé afin de jouer avec l’aéronef du rêve et de se prêter au hasard et à ses dérives subtiles.

C’est dire ainsi que la photographie ne nous regarde jamais qu’en miroir, intégrant à la lumière et à la nuit du monde l’autre lumière et l’autre nuit, celles de l’homme, qui sont mentales. L’héliogravure ne fait qu’accentuer le phénomène. C’est évidemment de la sorte que j’ai questionné, les faisant miennes par le pouvoir des mots de poésie, les réintégrant à l’autre tissage du monde qui est de création, de re-création verbale, les choses si superbement concrètes et mentales de Philippe Blache.

Toute chose peut être, moléculairement parlant (ne fût-ce que moléculairement parlant), à l’état vibratoire, frémissant ou pacifié. Victor Hugo, dans l’un de ses vers, évoque, non sans souligner leur potentiel d’énigme, les “choses calmées”. Ce sont “choses calmées” la matière et les thèmes de cet album.

Jan VOSS

Signes graphiques de

Jan VOSS

L’édition originale de CHOSES CALMÉES, préface et poèmes de Salah Stétié, accompagnant douze héliogravures signées de Philippe Blache, se limite à douze exemplaires, plus 3 E.A., numérotés en chiffres romains, et contresignés au colophon par le poète et le photographe. Les motifs graphiques de Jan Voss ont été spécialement conçus pour ce livre. Il existe en outre, de chaque héliogravure, quinze tirages réservés aux amateurs, numérotés en chiffres arabes et signés par le photographe. Chaque album comporte un manuscrit original du poète.

Blanche Saison

BLANCHE SAISON

1

Elles rêvent de faire partie du domaine de l’air

Leurs deux pieds ciselés en forme de colombes

Mais ces jambes sont notre propriété, elles sont d’ici

Elles sont rails désaccordés pour un wagon de rêves

Terre touchée, notre terre,

Non pas globe, mais losange des certitudes,

Le point de nouaison de ces ailes est invisible

Dans la saison blanche de la neige

Où est-elle, lampe inhabitée, nuit ou femme ?

Où es-tu, ma superbe, éclairée de volcans ?

Ton élément est le feu, ton autre élément l’eau,

L’eau n’éteint pas le feu

Elle devient par rêverie corps et délice

Luxe endormi de l’endormie parmi les choses

Comme un ruisseau devient lente rivière

Dans le salon où le fauteuil de ses deux bras

Attend l’arrivée du contemplateur et son blasphème

Le Luxe

LE LUXE

2

Qui, sinon la volupté, nous rêve ?

Le flanc du canapé est début de la mer

Le flanc du canapé est matière pure et piège

pour d’autres flancs à fleurs

Si féminins, longs flancs de cavalière au fond de qui

s’est déchargé le cheval

Rien que l’attente ici et le coussin d’amour

Allumé par un rameau perdu et peint

Laissé là par hasard et par charme et par ruse

Comme l’aurait fait, un jour de mythologie,

L’oiseau palpitant de Vénus

Passeuse

PASSEUSE

3

Ce bois n’est pas cercueil pour le corps jeune

Il est meuble à sentir et fruit de pain

La femme est vie, banalité médiatrice,

Tous les deux, meuble et vie, tournant le dos

par discrétion, par distraction,

Et rêvant, face au mur, d’un secret d’humilité

et de tendresse

Figure médiatrice est la femme et son corps

L’une de ses mains boit les forces de la terre

L’autre plus haut les restitue à la lumière

Scène muette et qui n’attend rien de nous

Le regard soudain impuissant

Devrait se détourner tendrement, par pudeur,

De ce théâtre d’ombres

Vanité

VANITE

4

Le regard regarde le monde et somptueusement

le décolore

Le blanc le noir le gris la vie la mort

Tout cela paysagé par des doigts distributeurs

de musique

Dans la chambre apaisée où l’harmonie est dense

Et torsadée Le dieu Orphée vient de partir

Laissant le songe de sa trace en ondes en frémissements

en reflets

Seule une fée d’Asie retenue par la porcelaine

Confie au miroir mystique sa nostalgie

De s’unir à elle-même dans le retrait de la lumière

où l’oignon seul

Met son accent de vérité, son absence odorante et douce

LE FAUTEUIL  HABITE

LE FAUTEUIL

HABITE

5

Elle a sauvé le mystère de son visage

Elle a sauvé sa barque étroite et secrète

La bouche est seulement le signe inexploré de la

mélancolie par désir

Les cuisses les plus longues sont de bois de santal

on les a par l’odeur

Et les genoux sont polis et repolis par l’eau sauvage

et son cresson de délire

Les seins sont les oiseaux timides du nid du cœur

La main cachée ressurgit en deux doigts sages

Les doigts de l’autre main s’interrogent et refusent :

“Non, disent-ils, je n’attends rien de la prière”

L'ORDRE

L'ORDRE

6

Tout est reflet tout est cristal tout est feuillage

Et tout est nuit et jour

La profusion la musicalité le pot de terre

L’œuvre de Nature étagée dans sa finitude infinie

Heureuse d’être et de se multiplier harmoniquement

Pour recouvrir et protéger l’œuvre d’homme

Si raffinée, si étincelante et frêle

Que l’idée plus encore que la main peut la détruire

STABILE

STABILE

7

C’est pour mieux s’envoler de ses deux bras dressés

Que le corps adolescent s’étire et va

Puisant dans sa verticalité l’ange de l’être

La sculpture est-elle sculpture ? La sylphide

A laissé sur la table la beauté simple de ses organes

Les fibres les vaisseaux l’appareil digestif la bouche intime

Tous ces circuits par qui la vie est un moteur

Moteur immobile vol immobile

Le photographe est passé par là son œil est d’un archange

L’espace est presque blanc autour de la fable improbable

L' AIR

L' AIR

8

La maison de plein midi tient le bonheur en laisse

Le bonheur explosé se fait palmier

La piscine attend du coin de l’œil

Comme regarde avec étonnement la petite fille

L’arrivée violente de la couleur :

Un tumulte de bleu

LES ETRANGERES

LES ETRANGERES

9

Décapitée mais pure elle avance un pied hors de Chine

Les jambes de son amour sont parfaites

Et sa timidité enfantée par la neige

S’est libérée de la tyrannie de son ombre

Le luxe est là pourtant, qui la protège

Comme un chapeau avec le nimbe des silences

Alors qu’au loin du plus secret miroir

La vanneuse occidentale a commencé à vanner l’invisible

HIEROGLYPHES

HIEROGLYPHES

10

D’où viennent ces fleurs, papillons, pivoines, anémones

Enfants nés du sang précieux d’Adonis ?

Sur le plateau de marbre il y a aussi la forme des aiguières

Huile et vinaigre habitent avec éclat leurs ciselures

Tout cela inscrit signe et sens

Sur le mur fermé de nos rêves

Que peindra tendrement le balai d’épis des étoiles

BORNE

BORNE

11

Après tant de voyages imaginaires

Soleil et lune entraînant le temps visible,

Vers les méandres du fleuve et la beauté éclatée

de ses serrures

Corps habillé de soie

Corps revêtu par la lumière de l’esprit

Ô mystérieux mangeur

Tu rends la terre à la terre et pourtant tu rayonnes

Blancheur de tout ce blanc ta solitude

Et ce propos :

“De certains hommes, on attend mieux que de remplir

les latrines”, dit Léonard.

Mais la violence est là, sculptée loin des jocondes:

Ce bloc irrécusable.

APRES

APRES

12

Finie la fête ! Le gentleman a laissé son chapeau

et sa coupe.

Chapeau vide. Coupe vide. Le mur est en train de mourir.

Noire est la fenêtre. Désert, le soupirail.

Maison de pierre : propension de la pierre

À regarder dans les yeux l’éternité.

L’éternité est là, chez elle, palpable.

Elle a cassé le jouet. Elle a pulvérisé l’étonnement.

Mais l’étonnement s’est induré, la mort est indemne de nous.